Service with a Smile de P.G. Wodehouse

84-06Pelham Grenville Wodehouse est un de mes auteurs favoris… Je sais, il y en a beaucoup, mais Wodehouse a cet avantage sur tous les autres qu’il a créé le redoutable Jeeves…

Jeeves et Wooster, le valet et le maître, Ersatz de Holmes et Watson… Ainsi, Wooster est un grand benêt amoureux de pas mal de jupons, mais surtout de son célibat, et Jeeves est son  valet, capable de sortir le jeune homme de n’importe quelle situation… Stephen Fry et Hugh Laurie ont d’ailleurs magnifiquement donné vie à ces deux personnages dans une série britannique inoubliable… Mais dans Service with a smile (inédit en Francais, mais il y a pas mal d’autres traductions, donc pas d’excuses, chers francophones 😉 ), c’est le Comte Ickenham, connu par l’affectueux surnom d’oncle Fred, qui est au commande de l’aventure… Oncle Fred est pair du royaume mais surtout un drôle de zigoto… Il s’amuse à voler des bagages dans les gares pour le plaisir, il a été cowboy dans l’Ouest américain avant d’hériter d’un titre, inespéré pour un cadet… Oncle Fred voit la vie du bon côté et essaie toujours d’aider son prochain… Bien que la plupart de ses plans rendent la vie encore plus impossible à son malheureux neveu, à ses amis et globalement à la terre entière… du moins dans ce volume, à tous les habitants du domaine de Blandings…

340-00733Blandings, paradis sur terre, propriété de Clarence, neuvième Comte d’Emsworth, qui néglige volontiers ses devoirs de pair du royaume… Une seule passion dans sa vie, sa truie de compétition, L’Impératrice de Blandings, qui remporte tous les concours, mais que les concurrents du comte convoitent au point de vouloir la voler… La pauvre Lady Constance, Connie pour les intimes, la soeur du Comte, a bien du mal à gérer son frère, le porcher (mauvais garcon facile à acheter, de surcroît socialiste haissant la noblesse… bien qu’il travaille pour elle…), et n’a confiance qu’en sa secrétaire, Lavender Brown… Ce qui est peut-être une erreur…

Voir débarquer Oncle Fred, alors qu’elle est déjà cernée d’enquiquineurs et autres piques-assiette ne va pas vraiment plaire à Connie, d’autant plus que l’une des mission d’oncle Fred et d’aider la protégée de Connie à épouser l’homme qu’elle aime, une pasteur sans le sous, alors que Lady Constance fait tout pour marier la jeune fille avec un riche héritier… et oui, Oncle Fred – parfois également appelé Oncle Dynamite – à le coeur tendre et aime protéger les tourtereaux qu’il croise au détour de ses aventures.

L’univers de P.G. Wodehouse est complètement fou, à la fois parodie et satire de son époque, il fait rire des conventions grâce à des situations  rocambolesques sorties de la plus folle des imaginations. Si vous voulez rire, si vous voulez découvrir une société britannique bien moins guindés que dans Orgueil et Préjugés, je vous conseille vraiment les romans de Wodehouse… n’importe quel volume fera l’affaire, ils sont tous brillants !

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Moab is my washpot de Stephen Fry

moab1Stephen Fry…. voici un acteur Britannique que j’adore… Découvert dans Wilde (biopic sur Oscar), adoré en Jeeves face au Wooster de Hugh Laurie, Stephen Fry était pour moi la quintescence de l’humour anglais qui va du bon goût à l’absurde totale (et ne se prive pas de scatologique de temps à autre, ils ne sont pas si coincés que ça dans la perfide Albion)… Je voyais Stephen Fry comme un chansonnier et un clown version élite de la profession, jusqu’à que je découvre que son auguste personne était plutôt clown triste… Et oui, les apparences sont trompeuses.

Cette autobiographie, ces confidences ont déjà quelques années, et j’avoue avoir pris mon temps pour ouvrir ce livre qui paraissait sur mes étagères depuis… trop longtemps pour le dire. Il faut dire aussi, que j’ai du mal avec les biographies, auto ou pas, vraies ou fausses, vides ou sincères… Ma préférée pour le coup est celle de P.G. Wodehouse qui ne parle quasiment pas de lui-même, prenant un malin plaisir à « digresser » toutes les trois lignes vers des anecdotes qui ne sont jamais tirées de son existence… Magnifique exercice de style s’il en est… Mais revenons à Monsieur Fry qui lui parle de sa vie, nous dit tout (enfin presque), avec honnêteté, pour mieux exorciser ses démons.

142816J’avoue que les premières dizaines de pages furent difficiles à lire… Pas parce que ce n’était pas intéressant, sincère, drôle et, déjà, tragique. mais justement à cause de tout cela. Ma sensibilité ( à fleurs de peau… je m’excuse toujours en disant que c’est l’auteur en moi… Les artistes, m’sieurs, dames…), ma sensibilité, disais-je, était happée par les souffrances et les émotions du jeune Stephen qui avait de grosses difficultés avec  son rôle d’outsider… Et oui, quand on est différent, quand on pense trop…

Cependant, après avoir fait un travail personnel sur mon pauvre petit ego d’écrivain publié mais pas (encore ?) à succès, je suis passée outre, et j’ai vraiment adoré revivre avec Stephen Fry ses 20 premières années… Car Stephen Fry ne triche pas, ne ment pas, ne se cherche pas d’excuse… Je trouve même que parfois, il devrait être plus indulgent avec lui-même…

Il nous décrit aussi  un monde disparu… Ces fameuses boarding school où les châtiments corporels étaient de mise… Une époque disparue également, les 60s-70s, mais vue d’un autre point de vue. Plus que nous raconter sa vie, Stephen Fry réfléchit sur la vie, en général… J’avoue avoir même souligné des phrases, tant cela sonne juste (au crayon de bois, parce qu’écrire sur les livres, c’est pas bien, hein !)

Ce livre est vraiment ce qu’on appelle aujourd’hui un « page turner ».

Détail amusant pour les Holmésiens  qui se promènent sur ce blog (n’est-ce pas Consulting Blogger et Cannibal Lecteur), Stephen Fry, holmésien lui-même (et très bon Mycroft), compare son père à Sherlock holmes…

En conclusion, un essai sur la vie en général, alimenté par les exemples d’une vie en particulier. Un grand monsieur que Stephen Fry, clown triste, mais certainement pas triste sire…

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PS : Ne me demandez pas de traduire le titre, même les professionnels n’ont pas essayé (ou réussi… je ne suis pas dans le secret de la maison d’édition). Ce que je peux vous dire (via quelques recherches internet), c’est que c’est un verset de la Bible, et que Fry s’en servirai pour signifier qu’avec cette autobiographie, il va « laver » les années noires de sa jeunesse… Ca vaut ce que ça vaut.