Les Exploits de Sherlock Holmes d’Adrian Conan Doyle et John Dickson Carr

Exploits3Quand le fils marche dans les traces du père… sauf que…

J’avoue avoir lu Les Exploits de Sherlock Holmes (1954) d’Adrian Conan Doyle et John Dickson Carr sur les recommandations éclairées de notre chère Cannibale lecteur, et j’avoue ne pas être du tout de son avis ! Si ces Exploits se lisent facilement, si on trouve un style proche de celui de Conan Doyle, le pastiche ne me satisfait pas pour quelques raisons que je ne peux absolument pas laisser passer. c’est vrai, j’ai été échaudée avec l’horrible suite de Dracula écrite par Dacre Stoker et Ian Holt (tout continuateur lié par le sang est forcé de s’adjoindre l’assistance d’un vrai écrivain, comme c’est bizarre), et que si ce recueil ne m’a pas fait pousser les cris d’orfraie de la suite de Dracula, j’ai grincé des dents quelques fois…

D’abord, j’ai l’impression qu’on pousse le trait ! Si Holmes a des tendances misanthropiques (la légende de sa misogynie m’énerve, trouver moi un moment dans le canon où il est désagréable avec une femme ? Certes, il ne les estime pas des masses… mais soyons honnêtes, vous trouvez qu’il estime les hommes davantage ? Le pauvre Watson en prend d’ailleurs pour son grade à chaque nouvelle, et la seule personne qu’Holmes déclare intelligent, c’est son frère ! Au demeurant, il admire Irène Adler et reconnait à Violet Hunter un sens de l’observation bien au-dessus de la moyenne). Donc, le Sherlock Holmes d’Arthur ne se serait pas permis d’être désagréable, voire insultant avec des femmes, dans ces nouvelles, il ne s’en prive pas, soit disant à cause de Miss Adler ! je crois rêver ! De même, l’animosité de Lestrade est également poussée, je ne me souviens pas qu’il était si rogue envers Holmes (et il aurait été intéressant que ces messieurs se décident : il a une tête de rat ou de bouledogue, l’ami Lestrade ; ces deux animaux ne se ressemblent pas vraiment).

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Mais ce qui m’a surtout énervé, c’est de deviner en un temps record à chaque nouvelle le nom du coupable, d’autant plus que certaines sont tellement proches de nouvelles originales ! Spolier (mon tout premier !) : L’aventure de l’horreur de Deptford, c’est La Bande Mouchetée, sauf qu’au lieu d’un serpent, on a de vilaines araignées cubaines… brrr… sales bêtes. L’Aventure des Anges noirs, c’est Les Cinq pépins d’orange… et je m’arrêterai là, mais on trouve d’autres ressemblances qui n’entretiennent pas le mystère, au contraire. J’avoue donc ne pas vraiment m’être divertie comme je l’espérais, d’autant plus que quelques fautes de traduction (pas besoin de la version originale pour les voir), n’ont pas fait baisser ma pression sanguine. Et la cape ! Sherlock Holmes se baladant dans Londres avec cette fichue cape qui n’apparaît même pas dans le canon (je sais, je m’énerve pour des petites choses, mais les détails sont parfois la cerise…)

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Comme je le disais, la cape et la casquette, popularisées par le cinéma américain, et qui n’ont rien à faire dans les brouillards de Londres !

Grâce à un blog anglophone qui m’a l’air très sympathique (Davy’s Crockett’s Almanack), j’ai les noms des coupables quant à la répartition des nouvelles : Les deux premières ont été écrites conjointement par les deux auteurs (L’Aventure des sept horloges, L’aventure du chasseur d’or), les deux suivants sont l’oeuvre de Carr (L’aventure des joueurs en cire et L’Aventure du miracle de Highgate – et je me rends compte que je les trouve meilleures, mais pas à la hauteur des autres textes de Carr), les cinquième et sixième sont l’oeuvre de Adrian Doyle (L’aventure du sombre baronnet et L’aventure de la chambre hermétiquement close – là encore, l’influence du père est énorme), et les six dernières ont été écrite par Doyle seul car Dickson Carr eut des soucis de santés (L’aventure de Foulkes Rath, L’aventure du rubis d’Abbas – qui rappelle une autre pierre – L’aventure des anges noirs, L’aventure des deux femmes, L’aventure de l’horreur de Deptford, et enfin L’aventure de la veuve – là encore : Le signe des 4).

Globalement je suis déçue, même si, je le répète, ça ressemble assez aux originaux, sans éclair de génie cependant, et ça se laisse lire. Mais pour reprendre la métaphore gastronomique du Cannibale lecteur (mais en passant du liquide au solide), je m’attendais à des chocolats belges, ce fut la version ordinaire du supermarché…

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