Marlowe, détective privé…

le grand sommeilLe personnage du privé américain est né dans les années 1920. Il n’a rien à voir avec la réalité. Si les détectives de l’agence Pinkerton sont surtout engager pour être des briseurs de grève, espionner les syndicats et jouer les mouchards pour la police, le privé du roman noir est là pour dénoncer une société pervertie, violente et trompeuse comme un miroir aux alouettes. Le privé attend la grosse affaire qui le tirera de son bureau sordide et de sa vie sans espoir faite de bagarres et de flirtage avec la limite des lois ; affaire qui n’arrive jamais, bien sûr. Loin de Holmes et de son appartement douillet de Baker Street, il vit dans un monde de durs de durs où l’alcool est le seul remède pour oublier les crimes sordides et les personnages corrompus qu’il côtoie tous les jours. Philip Marlowe, héros le plus célèbre de Raymond Chandler, est l’archétype du personnage. Marlowe a une personnalité plus complexe que les autres détectives privés qui hantent les étagères des libraires de l’époque. Quand il apparaît dans Le Grand Sommeil (1939), il a déjà un passé ; enquêteur pour le district attorney, on l’a remercié parce qu’un politicien a payé pour que la vérité sur son crime demeure cachée. Marlowe est donc devenu privé. S’il boit (plus modérément que beaucoup certainement, et que Bogart sûrement !), s’il aime les femmes, s’il se sert des ses poings pour faire avancer ses enquêtes, il use aussi de son cerveau et possède un humour solide qui est un autre type d’arme. Désabusé et solitaire, il observe une société corrompue ou l’argent et le pouvoir sont les maîtres d’œuvre, et il essaie d’y survivre.