Messe noire d’Olivier Barde-Cabuçon

messe noireJ’ai reçu Messe noire d’Olivier Barde-Cabuçon grâce à un concours organisé par l’édition Actes Sud sur sa page Facebook. Quand le livre est arrivé dans ma boîte aux lettres, je ne me rappelai même plus avoir fait le concours (linotte… vous avez dit linotte ?) donc la surprise a été d’autant plus agréable !

présentation éditeur : Une nuit de décembre 1759, le corps sans vie d’une jeune fille est retrouvé sur la tombe d’un cimetière parisien. Pas de suspect, et pour seuls indices : une hostie noire, un crucifix et des empreintes de pas. Sartine, le lieutenant général de police, craint une résurgence des messes noires sous le règne du très contesté Louis XV. La tension est à son comble dans la capitale. Volnay et le moine hérétique sont contraints de s’allier à une enquêtrice aussi sublime que manipulatrice, et se trouvent rapidement confrontés à des forces obscures. Toujours aussi mal vu du pouvoir en place, le duo ne pourra compter que sur lui-même pour démasquer les ordonnateurs du rituel satanique. Dans ce deuxième volet des aventures du chevalier de Volnay, commissaire aux morts étranges, Olivier Barde-Cabuçon reconstitue un Paris pittoresque et inquiétant. A quelques lieues delà, Versailles dissimule les troubles pulsions de ses prestigieux locataires. Entre ces deux pôles opposés se noue une intrigue diabolique au royaume du détraquement et de l’inversion des règles établies.

Ce roman a reçu le Prix Historia du roman policier 2013, que je jure bien mérité. En effet, la réalité historique de l’époque me semble parfaitement évoquée (bien que je n’ai pas de Tardis pour aller vérifier), et l’ensemble offre une solide évocation d’un temps qui était loin d’être idyllique tout en proposant une intrigue policière sombre et sans fausse note. Si on a du mal à s’attacher au commissaire aux morts étranges, le Moine est un personnage divertissant, loin des clichés, et qui cache bien son jeu, puisque derrière la bure se cache un noble déchu, un savant brillant, un bon vivant qui rêve de modernité.  Hélène … de Troie, comme la présente Sartine (personnage historique que l’on croise dans beaucoup de fictions concernant l’époque pré-révolutionnaire), est aussi attachante, quoique ambiguë et la petite victime, Sophia, hante le roman et ses personnages, tel la Laura du film d’Otto Preminger. 

L’enquête est bien construite et offre quelques retournements qui vous empêche de vous lasser… Il est vrai que la messe noire fascine les écrivains, entre fanasme et réalité ; ici, elle est le prétexte aux jeux de pouvoirs qui de tout temps on toujours été au coeur des relations humaines. 

L’histoire n’écrase pas la dimension policière du roman, et vice-versa. Je recommande donc cette lecture qui fut un bon moment de détente, et encore une fois merci à Actes Sud pour ce joli cadeau… Books are a girl best friends 😉

Danse Noire de Nancy Huston

danse noireprésentation de l’ éditeur

Sur un lit d’hôpital, Milo s’éteint lentement. À son chevet le réalisateur New Yorkais Paul Schwarz rêve d’un ultime projet commun : un film qu’ils écriraient ensemble à partir de l’incroyable parcours de Milo. En s’attachant à ce destin issu d’un passé aussi singulier qu’universel, en s’arrêtant sur les origines de Milo dans un premier temps effacées puis peu à peu recomposées, ce film serait le reflet éclatant de trois lignes de vie ayant traversé le siècle en incarnant ses décennies de joies et de larmes, d’espoirs et de résistance, d’exode, d’exils et de fureur.

Vivre, écrire, créer dans une langue étrangère, porter en soi la polyphonie des mondes d’un bout à l’autre du XXe siècle, ce livre puissant est à lui seul la voix de l’exil, il incarne sa force riche et douloureuse.

Danse Noire, c’est l’histoire d’un homme qui s’est construit seul et qui avant de mourir essaie de donner un sens à son existence en se penchant sur son passé. On voit ainsi les destins croisés de Milo, qui meurt du Sida sur son lit d’hôpital, de son grand père Neil, écrivain et révolutionnaire raté, et de sa mère, Nita, jeune prostituée sans avenir. Pas très drôle, n’est-ce pas ?

J’avoue avoir choisi le livre au hasard, sans lire le résumé, pour me lancer à l’aveugle dans l’aventure des Matchs de la rentrée Littéraire Price Minister… et quand j’ai lu la quatrième de couverture, je me suis un peu inquiétée de ma propre témérité…

Au final, j’ai été récompensée ! Ce roman est une merveille qui témoigne de la réalité historique et sociale de diverses époques (L’Irlande des années 20, le statut des Indiens dans le Canada des années 50, la misère en Amérique du Sud), mais qui le fait intelligemment, sans tomber dans le pathos ni juger ou dénoncer. J’ai croisé des personnages historiques comme le poète Yeats (et pas Keats!), que l’auteur et ses personnages de cinéastes verrait bien incarner par Lambert Wilson 🙂 , j’ai découvert des réalités que je ne soupçonnais pas (je connaissais l’IRA, je ne savais pas ce qui l’avait fait naître), et je me suis attachée aux personnages, surtout Milo, qui a finalement réussi sa vie, alors que ça partait vraiment mal !

j’ai découvert l’écriture de Nancy Huston, Canadienne francophone. Je suis admirative de son style, riche, énergique, qui vous emporte, comme de la manière dont elle a traité son roman. Cela aurait pu être une énième saga familiale, mais elle a choisi un point de vue inédit. Ce roman, c’est un scénario qui s’écrit. Paul et Milo retracent l’histoire de ce dernier en la réécrivant. Puisque c’est un scénario, l’écriture devient visuelle. Paul tente de magnifier les choses sans les trahir. Il est le réalisateur, Milo est le scénariste, mais ils sont surtout unis par 30 ans de vie plus ou moins commune.

Je me suis vraiment attachée à ces deux personnages ; Nancy Huston nous fait ressentir l’amour et la complicité qui les unit tout en donnant vraiment l’impression d’un processus de création à l’intérieur de son propre processus de création : Le roman du film dans le roman.

Autre originalité, les personnages anglophones s’expriment en Anglais (que les non anglicistes se rassurent, tout est traduit). Cela rends les choses plus vraies encore, tout en soulignant le conflit Canadien entre ces deux langues qui se sont affrontées, et de deux peuples qui se sont affrontés à travers elles. Cela rend le récit vivant, différent, surtout quand certains personnages font l’effort de parler la langue de l’Autre… Le Canada des années 80 fait alors écho à l’Irlande des années 20… Rupture, incompréhension… et pourtant.

J’ajoute que ce livre, au-delà du très bon roman qui m’a emportée dans son univers, est un très bel objet. La couverture (jacquette!) fait écho au monde onirique des deux cinéastes (qui n’est peut-être pas tout à fait la réalité, car il faut la magnifier, comme le grand-père Neil magnifiait son histoire en la racontant à son petit-fils). C’est un petit détail, mais j’avoue que j’apprécie quand un bijou littéraire et également un objet que l’on peut admirer et conserver. Ce livre mérite le soin qu’Actes Sud a mit dans sa réalisation.

Pour conclure, je vous recommande chaudement ce roman, intelligent, érudit, et qui vous surprendra plus d’une fois. Il est rare de pouvoir s’attacher ainsi à des personnages qui ne sont pas des héros sans peur et sans reproche, mais des êtres faillibles. L’écriture vous porte dans cette biographie, dans ce scénario de vies jusqu’à un dénouement qui m’a étonnée, laissé songeuse. Je garderai longtemps le souvenir de cette lecture.