Montrez-moi un héros…

… Et je vous écrirai une tragédie….

Show me a hero, and I will write you a tragedy. disait Francis Scott Fitzgerald.

Francis Scott Fitzgerald

Francis Scott Fitzgerald

J’ai trouvé cette citation il y a quelques jours sur un montage photo de Supernatural (de Dean Winchester, plus exactement) sur Tumblr, comme quoi il n’y a pas que des inepties sur Tumblr (la preuve, j’y suis…).

Cette phrase m’a beaucoup parlé, car dans le domaine de la fiction, de l’écriture (je laisserai la « vraie vie » aux historiens), le héros n’est pas un personnage heureux. Dès les premiers contes mythologiques , les premières fables médiévales, le héros se trouve face à des choix cornéliens (excusez  l’anachronisme du terme), à des situations insurmontables, à des souffrances sans nom… Que ce soit le malheureux Prométhée, le puissant Hercule ou le preux Lancelot, je ne vois que malheur et sort peu enviable… Quand le conte devient conte de fées… le héros souffre… et pour toute récompense nous avons « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants »… oui, le héros disparait quand il a fini d’être un héros… Les gens « heureux », les gens « ordinaires » n’ont pas d’histoire…

Qu’en est-il du héros populaire ?… Et plus précisément, qu’en est-il de mon cher Arsène ?

Oui, Arsène Lupin, le gentleman-cambrioleur est un comédien, un magicien, un fantaisiste, un amuseur… Oui, Arsène Lupin prend plaisir à rosser le gendarme, comme guignol… mais laissons cette image d’Epinal de côté (je blâme d’ailleurs la célèbre série avec Georges Descrières pour cette fausse – ou disons incomplète – image de mon cher Lupin… J’en reparlerai), Laissons donc cette image de côté et intéressons nous au héros… Car Lupin est un héros !

Combien de personnages de la literature populaire ont fait et défait le destin de l’Europe, ont participé aux grands conflits mondiaux, on sauver, diriger des nations… Pas tant que cela, en fin de comptes… Lupin est un héros majuscule, un démiurge, pas un fantoche… Et la citation de Fitzgerald lui va comme un gant…

bCar Lupin, Maurice Leblanc en a fait un héros qui souffre… Certes, il a aimé de nombreuses fois, mais elles l’ont fuit, elles l’ont rejeté parce qu’il n’était pas un homme ordinaire, mais un héros. Et celles qu’il a épousé, celle pour qui il était prêt à tout abandonné ?  Deux sont mortes dont l’une dans ses bras, assassinée… La belle Sonia aussi est morte, nous ne saurons jamais comment. Florence l’a abandonné, sûrement effrayée par l’aventure… Et ses enfants ? son fils disparu, sa fille si proche et pourtant si lointaine …

Arsène, c’est Icare… Sans cesse il se brûle les ailes, mais sans cesse, il reprend sa vie d’aventure… 813, Les Dents du tigre, La Comtesse de Cagliostro, en voilà des tragédie…

Et dans notre littérature, dans notre culture moderne ? Les héros sont toujours ceux de Fitzgerald… Après tout, comme disait mon prof de lettres en prépa, « vous imaginez Roméo et Juliette dans un pavillon de banlieue ? » Non, bien sûr que non… La passion ne survit pas à la routine… l’héroïsme non plus…

 

 

 

 

Arsène vs Sherlock 2.0

esteban MarotoArsène Lupin contre Herlock Sholmès, c’est l’histoire d’un rendez-vous manqué… Certes, Leblanc a été un peu indélicat, mais de son côté Doyle s’est montré plus que buté. Je ne veux pas créer un débat, mais honnêtement, la nouvelle « Sherlock Holmes arrive trop tard » qui clôt le première recueil des aventures du gentleman-cambrioleur est un hommage au héros d’Arthur Conan Doyle, et de cette nouvelle aurait pu naître – que sais-je ? – une première ligue des gentlemen extraordinaires sans doute…

Mais revenons-en à l’affrontement. Sherlock devenu Herlock n’est pas si ridicule que le mythe veut bien nous le laisser croire. Certes, le bon Wilson et lui sont des caricatures d’Anglais où le tweed le dispute au flegme so British, l’ego démesuré de Holmes est bien là et Leblanc le détourne pour le rendre déplaisant, alors que chez l’original, on adore cette vanité très bien placée. Donc, si l’affrontement tourne à l’avantage du fanfaronnant Lupin, c’est bien parce que tout est affaire d’ego et que celui de l’auteur est, disons, plus que susceptible…

Et aujourd’hui ? Sherlock est entré dans le vingt-et-unième siècle avec le brio qu’on sait. BBC Sherlock a su faire du héros victorien un génie moderne de la déduction (tout en forçant le trait de la sociopathie) qui s’intéresse toujours aux cendres de cigarettes mais ne dédaigne pas les dernières technologies, tant qu’elles peuvent le servir… Depuis le fameux « The name is Sherlock Holmes and the address 221B Baker Street » je rêve d’un nouvel affrontement entre les deux plus grands héros de la littérature populaire… Rappelons-nous les mots de l’inspecteur Ganimard concernant Lupin : « Il est d’aujourd’hui, ou plutôt de demain »… Qui serait Lupin aujourd’hui ? Que serait-il ? Certainement, le Smartphone lui servirait de rossignol, il adorerait toujours les voitures de course et serait le premier touriste de l’espace… Il aurait toujours les mêmes victimes, politiciens, traders (on disait boursier), Jet-setteurs (l’oisive « bonne » société), exploiteurs de tous poils… et mauvais coucheurs, comme le sieur Gerbois, sa première victime dans Arsène Lupin contre Herlock Sholmès

A notre époque où l’esbroufe fait loi ou on parle de tout à torts et à travers pour ne rien dire au final, Arsène Lupin serait-il à la fête ? Certainement, car il saurait utiliser tout cela à son avantage et avec bon goût (ce qui n’est pas vraiment la norme, avouons-le). Quand on transforme les ascenseurs en ballon dirigeable en 1908, que ne ferait-on pas en 2014 ?

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L’affrontement, sur quel terrain le placer ? Il faudrait certes un défi au niveau des joyaux de la couronne… Mais n’oublions pas que Lupin avait réussi à dérober la Joconde… Imaginez donc ce qu’un tel exploit aurait comme retentissement aujourd’hui ! Et il ne s’arrêterait pas là, il détrousserait tous les musées du globe, tous les milliardaires qui n’accumulent les œuvres qu’au nom du pouvoir de l’argent et certainement pas au nom de celui de la création… Et bien sûr, l’un d’eux viendrait voir le cher Holmes, qui le traiterait pas le mépris dû à tous les petits rois de Bohème, mais accepterait l’affaire pour se frotter au plus grand cerveau criminel de tous les temps, plus grand, oui, que Moriarty, parce que Lupin n’est pas une araignée au centre de sa toile, prête au meurtre, mais un rusé Renart prêt à rire de tout, à danser et à vivre pour et par l’aventure…  Un Lupin défiant toutes les polices du monde, et se moquant d’elles, ce serait un défi à la hauteur de Sherlock et de sa vanité. Ils engageraient le fer comme des duellistes, rendant coup pour coup, mais sans jamais en venir aux menaces de morts. Pas de ça chez Lupin, des pétards, l’esbrouffe, des tours de prestidigitateurs, pas de vraies bombes. Et finalement, Lupin céderait la Joconde pour le salut d’une jolie femme, et s’empresserait de dérober le smart-phone de Holmes (les montres, c’est un peu passé de mode) avant de lui fausser compagnie pour remettre cela la semaine suivante avec ces fameux joyaux de la Couronne.

Peut-être même pourrait-il kidnapper John et lui proposer d’être son bloggeur attitré ? Histoire d’en appeler un peu aux émotions de Sherlock. Et bien sûr, Mrs. Hudson et Molly tomberaient bien facilement sous son charme, et moins pingre que Moriarty, il les couvrirait de roses, qu’il apporterait lui-même au nez et à la barbe du consulting detective, car si Lupin a bien un plaisir coupable, c’est de narguer l’adversaire, aussi Drama Queen qu’un certain Mr. Holmes. Je l’imagine bien prendre le thé à Buckingham, sous le nez d’un Mycroft impuissant, puisqu’il serait alors pour quelques heures l’ambassadeur de France ou un ami intime du prince Harry rencontré sur un champ de bataille…

Mais honnêtement,  doivent-ils être ennemis, Sherlock et Arsène ? Mon fanfaron et votre sociopath, chers amis du Cercle Holmesien de Paris, ont plus en commun qu’on ne le croit (goût du déguisement, de la bonne musique, de la boxe ou de la savate, l’ascétisme, le don d’observation, et j’en passe…).je pense que « ces deux grands artistes » (ALHS)  adoreraient jouer ensemble. Lupin, pas si guignol que ça, choisit souvent des causes nobles (quand ce n’est pas la sienne qui prime, on ne se refait pas quand on est pie voleuse…). Sherlock n’est pas un chevalier blanc et par le passé (comprenez, le canon), il a quelquefois fait sa propre Justice (avec un mépris souverain pour celle des hommes…  Ça ne vous rappelle pas quelqu’un ?) D’Artagnan et Perceval ne pourraient-ils pas s’associer ?… de manière occasionnelle, cela va s’en dire, entre deux jeux du chat et de la souris. Car derrière les combattants, il y a deux hommes qui ne peuvent que s’admirer et se comprendre. Leblanc écrit, alors que son détective anglais a pourtant vaincu (brièvement) Lupin, « Sholmès le regardait, comme on regarde un beau spectacle dont on sait apprécier toutes les beautés et toutes les nuances ». Ne serait-ce pas un beau spectacle que de les avoir tous les deux combattant côte à côte, ces deux gentilshommes ? Une fois la bataille gagnée, ils rentreraient qui au 221B, qui vers l’Aiguille creuse, et Sherlock devrait poser un ultimatum pour récupérer son crâne ou sa fameuse babouche… Non, on ne se refait pas !

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L’Agence Barnett et Cie

CouvLupin9J’ai beaucoup de tendresse pour le personnage de Jim Barnett… Dieu sait pourquoi ! … C’est un mécréant qui détroussent le plus souvent ses clients plutôt que de les aider; quoique, restons honnête (façons de parler), ses clients sont rarement recommandables et méritent bien ce qu’il leur arrive. Quant au pauvre policier, Béchoux, il a beau se faire maltraiter, manipuler et humilier à chaque fois, il revient toujours quêter l’aide (et l’amitié ?) de l’incorrigible Barnett…

J’ai beaucoup de tendresse pour ce personnage également parce qu’il n’a pas eu la destinée qui aurait dû être la sienne. Quand Leblanc a créé Barnett, ce n’était pas Lupin, mais le rouleau-compresseur que fut le gentleman pour son propre créateur a fait que… et Barnett est devenu Lupin…

agence 2L’Agence Barnett et cie (recueil de 1928)

Les aventures de Jim Barnett, patron et seul employé de l’Agence Barnett et Cie – Renseignements gratuits, mettent en scène un détective privé original et le policier Béchoux. Le premier résout toujours les cas que le second lui propose, mais n’oublie jamais de se payer au passage…

Les gouttes qui tombent

La baronne Assermann demande à Jim Barnett d’élucider un mystérieux cambriolage où rien n’a disparu.

La lettre d’amour du roi George

Un crime est commis, cependant, le criminel semble posséder le don d’ubiquité…

agence 1La partie de baccara

Un homme a été assassiné au terme d’une partie de baccara. Ses trois compagnons de jeu sont mis hors de cause, mais on accuse le mari d’une jeune femme qu’il courtisait. Celle-ci demande le secours de Barnett.

L’homme aux dents d’or

Des objets religieux précieux ont été dérobés dans la petite église de Vaneuil. Le seul indice que possède l’abbé : il a vu le reflet de dents en or dans le miroir de sa chambre.

Les douze africaines de Béchoux 

L’homme d’affaires de Béchoux est dévalisé. Malgré l’intervention agence 4rapide du brigadier qui fait de l’immeuble – lieu du crime – un camp retranché, les titres demeurent introuvable. Barnett, dans la place malgré les ordres de Béchoux qui se défie de lui depuis l’affaire de la partie de baccara, pourrait bien récupérer les titres et n’en rien dire…

Le hasard fait des miracles

Le comte Jean d’Alescar est retrouvé mort. La justice conclue à un accident, mais la soeur du mort crie au meurtre. Béchoux est sur l’enquête, Barnett également. une vieille affaire de haine se conclura ici grâce à l’étrange détective.

agence 5Gants blancs… guêtres blanches

On a cambriolé la célèbre acrobate Olga Vaubant, ex-épouse de Béchoux, et « presque » tué sa mère. Jim Barnett jure à la jeune femme de lui rendre ses meubles avant une semaine.

Béchoux arrête Jim Barnett

Le député Jean Desroques est accusé de l’enlèvement et du meurtre de Chrisitiane Véraldy, qu’il ne connaît pas, et pourtant il ne nie pas. Béchoux est chargé de retrouver une photographie que le suspect à caché pour le confondre définitivement. Barnett, lui, travaille à dénouer le mystère, et à sauver un innocent. agence 3

ultime épisode : le combat des titans

C’est l’heure de l’ultime combat et des têtes vont tomber ! … Une minute… Qu’est-ce que je raconte ? … Il semblerait que l’abus d’Highlander soit dangereux pour la santé… ou du moins pour la cohérence! Donc, je reprends…

Dernier épisode du match entre mes aspirants Arsène Lupin…

th14Sans vraiment de surprise, c’est Tom Hiddleston qui a remporté vos suffrages… (et le mien, j’avoue) et il rejoint donc Lambert Wilson en finale… C’est là que je convoque l’ami Corneille (non, pas l’oiseau, le dramaturge !) et le choix auquel il a donné son nom… Comme Rodrigue, il va falloir décider entre un devoir et un autre… l’enjeu est cependant beaucoup moins violent… quoique, émotionnellement parlant, choisir l’acteur idéal pour un rôle aussi emblématique que celui d’Arsène Lupin, c’est une sacrée responsabilité… Wilson1Quels arguments puis-je apporter à ceux que j’ai déjà offert ?… C’est pour moi que cela devient difficile ! Donc, je partage 2 coups de coeur… et après je joue les Ponce Pilate ! Le premier, une chanson de Brassens interprété par Lambert Wilson et Nolween Leroy… Je n’aime pas les reprises de Brassens, mais là, c’est réinterprété, et j’avoue que je m’en lasse pas… De plus, Lambert « joue » la chanson, même installé sur son tabouret.

 

Pour Tom Hiddleston, Ce sera la danse… Certes, certes, le Bel Arsène ne devait pas s’agiter autant, l’époque ne s’y prêtant pas, mais vous avez là, l’énergie, l’élégance d’un Lupin, où je ne m’y connais pas (et l’humour aussi !)

 

 

Et maintenant (rire démoniaque !) c’est à vous de choisir !

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L’Île aux trente cercueils (1919)

L’Île aux trente cercueils est une de mes aventures favorites d’Arsène Lupin… Paradoxe : il n’est présent que dans les derniers chapitres… 27327_1258713L’action de ce roman se place en 1917, en pleine guerre. Véronique d’Hergemont recherche son père et son fils qui ont pourtant été déclarés morts en 1902 à la suite d’un naufrage. Cependant, la jeune femme est certaine qu’il n’en est rien, et que son père a trouvé le moyen de soustraire le jeune François à son père, le terrible Alexis Vorski. Son enquête la mène sur l’île de Sarek où elle arrive à temps pour être témoin du massacre de la population… par son fils et le précepteur de celui-ci. Véronique se retrouve seule sur l’île, en proie à une menace étrange.  Ainsi, une prophétie ou une malédiction annonce que l’île demandera 30 victimes, 30 cercueils pour ses 30 écueils, donc quatre femmes crucifiées… Véronique sera-t-elle l’une d’entre elle ?

Ce roman est proche du roman gothique : un endroit sinistre, une malédiction, une jeune femme en péril, un monstre sans pitié… Mais il y a aussi le chevalier blanc, qui joue un peu les clowns, soyons honnête ! Dans les 5 dernières chapitre de l’oeuvre, Arsène Lupin arrive, et tel le Deux ex Machina des tragédies antiques, il résout le mystère… Ce n’est pas un spoiler, vous vous doutez bien que Lupin ne peut que sauver la belle Véronique…

En tout bien tout honneur pour une fois ; en effet, Véronique est une figure maternelle, que Lupin se doit de protéger, puisqu’à 4 ans, il était déjà le protecteur de sa propre mère (voir la nouvelle : Le Collier de la Reine).  Toute la première partie du roman, « Véronique », et une grande part de la seconde partie, est un récit haletant. D’autant plus que Véronique est seule face à l’horreur et au surnaturel. Encore une fois (je me répète, je sais !), Maurice Leblanc maîtrise son sujet : on vit (survit ?) avec Véronique, on vit ses angoisses, ses désespoirs, son incompréhension face aux événements. C’est prenant, étouffant, dévorant… et finalement arrive Arsène qui change le drame en comédie, qui récompense les bons et punit les méchants, avec l’aide de Monsieur Tout-va-bien…

Un mot de Tout-va-bien… c’est un chien ! La race canine n’a pas été très représentée dans les aventures d’Arsène Lupin, mais Tout-va-bien a lui seul représente toute sa famille à quatre pattes… Ainsi, comme le Toby de Holmes ou le Bob de Poirot (Témoin muet), Tout-va-bien nous rappelle qu’au final… et bien, tout ira bien ! c’est un réconfort pour Véronique, une aide, un soutien… et Lupin lui accorde (comme Poirot), une intelligence supérieure (à celle de l’homme!) parce qu’il admet que Tout-va-Bien avais comprit avant lui ! C’est un personnage que j’adore (j’en parle même dans mon essai, c’est dire !), et je me demande s’il ne serait pas intéressant d’écrire un article (un livre ?) sur tous ces braves toutous qui ont tant aidé nos héros… Lassie et Rintintin sont loin d’être seuls ! J’ajoute que L’Île aux trente cercueils a été adapté pour la télévision en 1979 avec Claude Jade dans le rôle de Véronique… Je vous en parle bientôt ! Pour lire L’Île aux trente cercueils : ICI Quelques couvertures de  L’Île aux trente cercueils :

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couverture originale du premier épisode

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couverture originale du second épisode

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la couverture la plus récente

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