Somerset Maugham : l’auteur face à son oeuvre…

d6a27bddc520b08e8b32c1b044a4861fJe relisais l’autre jour Le Magicien de Somerset Maugham, monument de la littérature britannique… et comme depuis quelques années, je n’y suis plus forcée par le devoir scolaire, je relisais également la préface de l’auteur (beaucoup plus agréable quand on n’y est pas obligé). Et dans cette préface écrite des années après le roman, Maugham parle de sa relation à son oeuvre… et cela m’a fait me poser des questions…

Je vous cite d’abord le monsieur :

« Some authors enjoy reading their old works; some cannot bear to. Of these I am. When I have corrected the proofs of a book, I have finish with it for good and all. I am impatient when people insist on talking to me about it; I am glad if they like it, but do not much care if they don’t. I am no more interested in it than in a worn-out suit of clothes that I have give away. »

« Certains auteurs aiment à lire leur écrits passés, certains ne peuvent le supporter. Je suis de ceux-là. Quand j’ai corrigé les épreuves d’un livres, j’en ai fini une bonne fois pour toutes. Je suis impatient quand certains insistent pour m’en parler ; Je suis heureux qu’ils aient aimé, mais ne suis pas touché plus que cela s’ils n’ont pas aimé. Je n’ai pas plus d’intérêt pour mes romans passés que j’en ai pour un vieux costume dont je me suis débarrassé. » (traduction personnelle)

L’opinion de Maughan, ou plutôt son ressenti, m’a fait réfléchir… J’avoue que j’appartiens à la première catégorie, et diffère donc beaucoup de Maugham… J’aime à relire ce que j’ai écrit, mais pas dans l’instant, pas dans le présent, dans le futur, car il me faut le détachement… Ayant relu Le retour du gentleman cambrioleur pour sa publication, environ 10 ans après l’avoir écrit, je me suis émerveillée (pas de mon talent, je passe encore les portes, merci), mais du fait que ce roman, qui m’était devenu étranger – 10 ans, c’est long – était de ma main… D’une certaine manière, je pouvais le « juger » sans pour cela écharper mes propres sentiments, sans être trop dans l’auto-critique qui est terrible pour l’auteur… on se juge souvent extrêmement durement… Je ne sais pas si vous me suivez, car c’est quelque chose de de difficile à exprimer, mais se relire quand on s’est détaché, quand on travaille sur autre chose, quand un projet a été mené à bien, c’est cathartique… Cela fait simplement du bien, c’est un achêvement, et une satisfaction quand on sourit d’un de ses propres bons mots qu’on avait oublié…

Se relire à chaud par contre… on voudrait changer la moindre virgule, modifier toutes les phrases  (j’appelle cela le syndrôme Balzac), on trouve que les blagues tombent à plat, que les situations sont convenues… on bat sa coulpe comme le plus assidu des pénitents… C’est une torture. C’est pour cela que je laisse mes textes terminés de côté, parfois un an ou deux, avant de les relire, pour les retravailler, certes, mais aussi pour pouvoir les apprécier…

J’en appelle aux écrivains, aux auteurs, aux grattes-papiers de tous poils qui lisent ce blog, qu’en pensez-vous ?

Et même si vous n’écrivez pas, pas de cette manière-là en tout cas ;) vous pouvez donner votre avis!

Quoiqu’il en soit, je vous recommande la lecture du Magicien de Somerset Maugham (et bien sûr de sa préface)

Somerset Maugham

Somerset Maugham

8 réflexions sur “Somerset Maugham : l’auteur face à son oeuvre…

  1. C’est compliqué.Moi aussi j’aime me relire. Mon deuxième roman est achevé. Pas le premier dont il manque encore quelques chapitres. Tout cela dort. J’attends. Je sais qu’un jour je vais me jeter sur celui qui n’est pas terminé. J’ai arrêté ce qu’il me reste à écrire dans ma tête. J’attends le déclencheur, le détonateur, l’opportunité, la provocation, même. J’ai changé, évolué. cela va être difficile de retrouver le ton, la respiration. Mes personnages digèrent aussi. Et puis Sophie ou Henriette viendront me tirer par la manche et guideront ma main.
    Bien amicalement.
    H.A.

    • Compliqué est bien le mot… Moi non plus, je n’ai pas terminé mon premier roman, le ferais-je un jour ? Qui sait ? Mais cela nous construit, le style, les idées, même les texte inachevés sont important. Quand au déclencheur… J’ai repris un de mes textes et l’ai terminé après 5 ans de repos, il a fallu, comme vous le dites, un déclencheur (un détonateur, je dirais)… et j’aime votre expression, c’est vrai que j’ai parfois l’impression que mes personnages me « tirent par la manche », qu’ils ont « leurs idées » et ne veulent pas être oubliés…
      Amitiés, Dorothée

  2. On n’en finirait pas de se relire, avant publication : reste-t-il une coquille, cette phrase est-elle claire, parfaite, etc. Quand le livre est sorti, je n’ose pas l’ouvrir… Au bout de quelques années, je suis, moi aussi, étonnée de trouver ce que j’ai écrit, disons, pas trop mal. Je suis d’accord avec votre terme, mon livre m’est devenu « étranger », tout en me restant familier, comme une vieille connaissance.

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