Horreur et cinéma muet

50c89f01bb835-le-cinema-muetpngJe vais encore vous raconter ma vie (cela devient une habitude, je sais!). Il y a quelques années, au temps lointain ou je travaillais comme assistant d’édition, il m’est échue la tache de taper le texte d’un livre dont l’auteur, Pierre Allard, pour ne pas le nommer, avait rédigé entièrement à la main, sur feuilles blanches format A4 (ou était-ce à la machine à écrire ?… l’encre et la plume, c’est plus romantique de toute façon). Ce livre était un ouvrage de vulgarisation sur le cinéma muet. Je l’avoue à ma grande honte, je n’aurais jamais lu un livre sur le cinéma muet si on ne m’avait pas donné ce travail… Le muet, c’était pour moi désuet, et suranné… Et pourtant !

Pierre Allard m’a fait découvrir un autre monde, et j’ai pris un immense plaisir à lire son livre, sans pour autant perdre la tête (comme Méliès, vous comprendrez plus bas), pour un genre qui a disparu… car nous sommes dans un siècle bavard (j’en suis une preuve vivante). J’ai vu The Artist, comme tout le monde, je connais Charlot, et j’ai quelques rudiments supplémentaires grâce à mon travail de copiste, mais sans plus.

Cependant, Chapter Art Centre (le plus ancient centre d’art du Royaume-Uni) a proposé cette semaine un programme auquel je n’ai pas pu résisté : Early Horror Shorts (comprenez, les premiers courts métrages d’horreur). Rien à voir avec la Hammer, nous parlons de films tournés emtre 1898 et 1927… et tous muets. Proposés avec un accompagnement live de Paul Shallcross, qui s’est révélé brillant orateur en plus d’être un excellent pianiste.

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Méliès et ses têtes

Quel plaisir de découvrir Georges Méliès jonglant (littéralement parlant!) avec son chef dans Un Homme de Têtes (1898). J’applaudis face à l’intelligence et à la fraicheur de ce sketch ou le réalisateur retire 4 fois la tête de ses épaules afin d’avoir un choeur qu’il accompagne à la guitare.  Fantastique prestidigitateur qui réalisa à l’aube du cinéma des effets spéciaux grâce à son intelligence et quelques bouts de ficelles ! Les ordinateurs ont simplifiés les choses, mais leur ont retireé leur fantaisie.

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Le puit se transforme en tête géante ! Cauchemar ou réalité?

Il en est de même pour Une Excursion Incohérente de Segundo de Chomon (1908) où un couple en promenade voit son pique-nique perturbé par des souris dans les oeufs, des asticots dans le gateau (et j’en passe) avant d’être persécutés dans leur maison de campagne par des fées, des revenants, et même un crocodile sur le toit. Les acteurs sont splendides (des acrobates, je pense aux vues de leur bondissante interprétation), et j’avoue avoir vraiment adoré le crocodile sur le toit… de même que certains effets qui m’ont tout de suite rappelé l’animation de Wallace et Gromit… et oui, la pate à modeler, cela ne date pas d’hier !

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L’inquiétante vanité de Prelude

Prelude de Castleton Knight (1927), réflexion sur la peur d’être enterré vivant inspiré d’une oeuvre de Rachmaninov est plus onirique et sinistre alors que The Thieving Hand (la main voleuse, de Stuart Blackton, 1908) est drôle et enlevé. Dans cette aventure, un bras séparé de son propriétaire met tout en oeuvre pour le retrouver… Un ancêtre de la Chose de la Famille Addams, sans doute.

Enfin, la projection s’est terminée avec The Haunted House de Buster Keaton (1921). Cette maison hantée est une petite merveille d’humour, d’énergie et d’inventivité… Pour moi, Keaton réalise déjà un cinéma moderne, vibrant. Ses effets comiques n’ont pas pris une ride, son sens du détail est ahurissant. On oublie que le film est muet tant on est emporté par l’aventure de ce pauvre employé de banque, accuse à tort d’être un faussaire, et qui se réfugie dans une maison hantée dont les fantômes ne sont pas d’honnêtes revenants…

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Buster Keeton et son canetier

 

Je place à la fin de cet article le court-métrage de Méliès ainsi que celui de Keaton, malheureusement sans musique… Ecoutez donc quelque chose de vif et d’entrainant pendant que Buster fait ses pitreries millimètrés, cela fonctionnera à merveilles.

 

6 réflexions sur “Horreur et cinéma muet

  1. Moi aussi ! On a une mauvaise vision du cinéma muet, pensant aux notes de piano qui avaient le don de rendre fou (en tout cas, moi, j’ai ça en horreur !!!)… et là, on découvre tout autre chose. J’ai dû visionner la vidéo sans le son puisque mon PC pro n’a pas d’enceinte acoustique…😀

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