Maurice Leblanc, père d’Arsène Lupin

maurice leblanc

Maurice Leblanc : 11 décembre 1864 – 6 novembre 1941

Si on ne connaît de la vie d’Arsène Lupin que ce qu’il a bien voulu en dire (avec toute l’imprécision que sa modestie suppose…), on connaît bien mieux l’existence de son historiographe et ami, Maurice Leblanc.

Mis au monde par le frère de Gustave Flaubert…

Maurice Leblanc est né le 11 décembre 1864 à Rouen. C’est le docteur Flaubert, frère de Gustave qui présida à cette naissance. Signe du destin ou coïncidence, à vous de décider…

… le goût de la littérature lui vient très jeune…

Maurice Leblanc grandit à Rouen, et sa passion pour la littérature grandit avec lui. Élève brillant au lycée Corneille, recevant plusieurs prix d’excellence, ses lectures – Maupassant et Flaubert notamment – l’entraîne irrésistiblement vers l’écriture. Bien que son père, armateur, souhaite voir en lui un successeur, il doit vite se rendre à l’évidence : le jeune homme, qui travaille pour l’instant dans une fabrique de cardes, passe plus de temps caché dans les greniers de l’entreprise, une plume à la main, que derrière son bureau.

…Ses débuts à Paris, guidé par Maupassant…

Ainsi monsieur Leblanc abdique, et Maurice part pour Paris en 1885 faire son droit… comme beaucoup de jeunes auteurs avant lui. Un atout, sa soeur Georgette, qui s’est enfuie quelques années plus tôt pour devenir actrice, et qui vit avec le poète et dramaturge Maeterlink , l’introduit dans le monde parisien. Et Maupassant également, qui protège le jeune homme…

Car, Maurice Leblanc a du talent : son premier recueil Des Couples (1890), lui vaut bien des éloges, de Léon Bloy, de Jules Renard… malheureusement pas celles du public. Maurice Leblanc persévère. En 1893, il publie son premier roman, Une Femme, l’année suivante un recueil de contes, Ceux qui souffrent… Parallèlement, il écrit au Gil Blas, au Figaro, à Comoedia… Maurice Leblanc, qui rêvait d’une gloire littéraire immédiate est journaliste, chroniqueur, cela avec un certain succès, mais l’écrivain passe inaperçu.

tumblr_lo814dwtsW1qa0qhqo1_400…La naissance d’Arsène est le déclic…

Il faut vingt ans pour que les choses changent. Vingt ans, et une idée de génie. une idée de génie qui résulte d’une commande… il faut l’impulsion de l’infatigable éditeur Pierre Lafitte pour que naisse sous la plume brillante de Leblanc un nouveau type de personnage. Début 1905, Lafitte commande à Leblanc une nouvelle à insérer dans les pages de son nouveau magazine, Je-Sais-Tout, quelque chose qui se rapprocherait des nouvelles publiées par Doyle dans le Strand Magazine, du suspense et de l’originalité : c’est L’arrestation d’Arsène Lupin.

Arrestation du personnage certes, mais surtout explosion d’enthousiasme, la nouvelle est si bien écrite, le suspense tellement magique… En l’espace de quelques pages, Maurice Leblanc devance Agatha Christie et son célèbre meurtre de Roger Ackroyd (1926) de plus de 20 ans.

Son héros, mystérieux et charismatique, qui commence ses aventures par ce qui est la fin ordinaire de la carrière d’un cambrioleur vient de dérober le coeur du public

… Lupin contre Leblanc : le personnage écrase l’auteur…

Maurice Leblanc, qui se voulait un nouveau Flaubert, qui voulait peindre les coeurs et les âmes se trouve brusquement romancier populaire – avec toute la aiguilleconnotation péjorative que ce terme suppose . Et il doit continuer, Lupin monopolise ses écrits, on le presse de donner une suite aux aventures du sympathique gentleman. On retrouve donc le héros en prison, on assiste à son évasion, et ses méfaits se multiplient…

Dès lors, la lutte est engagé, Lupin contre Leblanc, l’écrivain contre le biographe. Le gentleman, tel un nouvel Alexandre, sort victorieux de la lutte : Leblanc ne cessera jamais d’écrire des romans, des nouvelles, des pièces de théâtres qu’il juge plus « littéraires », mais le public lui réclame les aventures de Lupin

Ainsi le gentleman affrontera Ganimard, toutes les polices de France et du monde, et des monstres dont la cruauté dépassent l’entendement ; et il dépouillera les mauvais riches, les banquiers véreux, les politiciens corrompus ; il croisera l’Empereur d’Allemagne, une descendante du mystérieux comte de Cagliostro, croisera le fer avec Herlock Sholmès (et non Sherlock…) ; et il résoudra les mystères laissés par l’histoire… tout cela dans le Pays de Caux qu’affectionne tant Leblanc.

… Maurice Leblanc survit à travers Arsène…

Car, derrière Lupin – on l’oublie souvent – il y a Leblanc. Maurice Leblanc, l’auteur, l’artisan du succès de Lupin. Car, les aventures de Lupin n’ont pas leur pareil. Pas de situations rocambolesques, les plus fous mystères s’expliquent rationnellement, et pourtant la magie subsiste. Leblanc crée des situations inédites, des personnages attachants, dépeint les lieux où il vit, mais aussi les lieux qu’il aime avec un style que n’auraient sûrement pas mésestimés les maîtres Maupassant et Flaubert.

Portrait de Maurice Leblanc par Redon

Portrait de Maurice Leblanc par Redon

Surtout, Maurice Leblanc crée l’aventure, tourbillonnante, inattendue et aussi poétique. Lupin, c’est le chevalier des temps moderne, « le Cyrano de la pègre » comme disait si bien Cocteau, on l’aime simplement, on lui pardonne tout, ses fautes, ses vices, ses demi-échecs, ses moqueries si enfantines, on lui pardonne aussi d’avoir été « le poignard d’Ingres » de son auteur, qui somme toute devait être fier de son fils de papier qui captivait et captive toujours, à l’image de d’Artagnan, du sombre Monte-Christo, ou de Lancelot.

Maurice Leblanc partagera l’existence de Lupin jusqu’à sa mort en 1941 à Perpignan, où il s’était réfugié avec sa famille. Pendant presque quarante ans, le créateur et sa créature traverseront plus d’une cinquantaine d’aventures à travers romans, nouvelles, et pièces de théâtre.

Certes, Lupin éclipse Leblanc, il en est pour ne pas connaître le père de l’illustre cambrioleur, cependant, malgré cela, Maurice Leblanc a réussi, il fut certes un grand écrivain populaire… mais il fut aussi et tout simplement un grand écrivain. Car, il a su créer un héros qui aujourd’hui encore passionne des millions de lecteurs, non seulement en France, mais dans le monde entier. il a su imprimer sa marque sur la littérature, comme Maupassant, Dumas, comme Jules Verne… pour en être sûr, il suffit de poser autour de soi une simple question :

– Connaissez-vous Paul Bourget ? [1852-1935, très en vogue à l’époque de Leblanc]

– Non ?

– Et Arsène Lupin ?

– Le gentleman-cambrioleur ! bien sûr !

tout est dit…

2 réflexions sur “Maurice Leblanc, père d’Arsène Lupin

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